Le 27/2/2026, mon nom et mon activité d’artisan fermenteur ont été cités dans un texte critiquant durement la naturopathie et le business du bien‑être. Plutôt que laisser les autres raconter mon travail à ma place, j’ai choisi d’expliquer clairement ce que je fais, ce que je ne fais pas, et comment je me situe par rapport aux “pseudo‑sciences”. Voici donc une mise au point, à la fois personnelle et professionnelle.
On m’invite régulièrement dans des salons et événements écologiques pour parler de fermentation, de microbiote et d’alimentation vivante. Autour de certains de ces rendez‑vous, la critique est de plus en plus forte envers les “pseudo‑sciences”, les dérives sectaires et le business du bien‑être. Je comprends ces critiques, et je partage même une bonne partie des inquiétudes. Mais je refuse de laisser d’autres définir à ma place ce que je fais, ce que je ne fais pas, et comment je me situe dans ce paysage.
Je m’appelle Sahayim, je suis naturopathe de formation, artisan fermenteur et fondateur de La Vie dans un Bocal. Ce texte est une mise au point : sur mon travail, mon rapport à la naturopathie, à la science et au “bien‑être”.
1. Ce que je fais vraiment : cuisine, fermentation, autonomie
Dans les salons et les ateliers, je ne reçois pas des “patients” mais des participant·es. Je ne fais ni consultation, ni diagnostic, ni protocole de soin. Je fais de la cuisine.
Concrètement, mon travail, c’est :
- Enseigner comment fermenter des légumes chez soi, avec du sel, du temps et de la méthode.
- Expliquer comment intégrer ces préparations dans les repas du quotidien, sans culte de la “pureté alimentaire”.
- Transmettre des gestes simples qui redonnent du pouvoir aux gens dans leur assiette : choisir, transformer, conserver, goûter, partager.
Un atelier avec moi, ce n’est pas une alternative à un rendez‑vous chez le médecin, c’est une invitation à remettre les mains dans le Vivant. Je ne dis à personne d’arrêter un traitement, je ne promets pas de soigner des maladies, je ne joue pas au thérapeute caché derrière un tablier.
2. Vulgariser le microbiote sans raconter de miracles
Si je parle de microbiote, ce n’est pas parce que c’est un mot à la mode, c’est parce que la recherche explose sur le sujet et que ça mérite mieux que des slogans.
Une partie essentielle de mon travail consiste à :
- Lire des articles scientifiques et des synthèses de recherche sur le microbiote et les aliments fermentés.
- Les traduire en langage compréhensible : expliquer ce que l’on sait, ce que l’on soupçonne, ce qui reste incertain.
- Rappeler systématiquement les limites : études préliminaires, résultats parfois modestes, contexte global de l’alimentation et du mode de vie, différence entre corrélation et causalité.
Je ne suis ni médecin, ni chercheur, ni “expert” auto‑proclamé qu’il faudrait croire sur parole. Je suis un autodidacte sérieux, qui passe du temps à se documenter, à croiser ses sources, à réviser son discours quand la science avance. Mon rôle n’est pas de fabriquer des vérités, mais d’aider à faire le tri entre ce qui est plausible, intéressant, inspirant, et ce qui relève de la pure poudre de perlimpinpin (for sure !)
Mes ateliers sont donc à mi‑chemin entre la cuisine et la vulgarisation : on coupe des légumes, on parle de microbiote, on échange des questions, on apprend des limites autant que des promesses.
3. Ce que je refuse : promesses de guérison et dérives
Dans le paysage des “médecines alternatives” et du “bien‑être”, il y a des choses qui m’inquiètent autant que les plus critiques de ces milieux.
Je refuse clairement :
- Les promesses de guérison miracles.
- Les incitations explicites ou déguisées à arrêter des traitements médicaux.
- Les discours complotistes qui transforment toute mesure de santé publique en manœuvre maléfique.
- Les hiérarchies spirituelles entre les “éveillés” et les autres, qui servent souvent d’outil de contrôle.
- Les tarifs délirants pour des prestations qui vendent essentiellement du vide et de la dépendance.
Si quelqu’un vient chez moi en cherchant un “traitement” pour un cancer, une dépression, une maladie chronique, ma première réponse, c’est : allez voir ou continuez de voir les professionnels compétents. La fermentation, la cuisine, le rapport au vivant sont des briques indispensables à une hygiène de vie physiologique et un mieux‑être. Ils ne remplacent ni un diagnostic, ni un traitement, ni un suivi médical.
4. Naturopathie : le mot, le bagage et la nuance
Je suis formé en naturopathie. Ce mot fait grincer des dents, et je comprends pourquoi. Sous ce label, on trouve de tout : du simple bon sens sur l’hygiène de vie jusqu’aux dérives les plus problématiques.
Il faut être honnête :
- La naturopathie, en tant que “corpus”, mélange des approches très hétérogènes.
- Certaines dérives sont graves : gourous, promesses dangereuses, confusionnisme, complotisme.
- Une partie des discours tenus sous cette bannière est non démontrée, voire contredite par les connaissances scientifiques actuelles.
Dans le même temps, il existe aussi des tentatives sérieuses d’intégrer certaines approches complémentaires dans des parcours de soin encadrés : c’est ce qu’on appelle la médecine intégrative, dont le développement est encouragé par l’OMS. Des institutions et des équipes hospitalières travaillent, dans certains contextes, avec des praticiens complémentaires (dont des naturopathes) pour le soutien (gestion des effets secondaires, qualité de vie, hygiène de vie), sans remplacer les traitements de référence et sans quitter le cadre de la médecine basée sur les preuves.
Je ne dis pas ça pour “blanchir” tout ce qui se dit naturopathe. Je dis simplement qu’il y a un travail de tri à faire :
- Oui, LES “naturopathies” devraient être beaucoup mieux encadrées, structurées et critiquées.
- Non, tout ce qui parle d’hygiène de vie, d’alimentation, de respiration, de mouvement et de prévention ne relève pas automatiquement de la charlatanerie.
Ce que je garde de mon parcours, ce sont des réflexes simples : bouger, mieux dormir, mieux manger, respirer, ralentir. Ce que je laisse, ce sont les explications fumeuses, les sur‑promesses, le culte de l’intuition contre tout ce qui ressemble à un fait vérifiable.
Si je continue à mentionner la naturopathie dans mon parcours, c’est pour raconter d’où je viens, pas pour me cacher derrière un label ou faire passer des théories pseudo‑scientifiques. Mon activité, aujourd’hui, c’est d’abord : artisan fermenteur, pédagogue de l’alimentation, vulgarisateur des connaissances sur le microbiote.
5. Bien‑être, business et bocaux
Qu’il y ait un énorme business autour du “bien‑être”, c’est une évidence. Comme partout où il y a de la demande, il y a des excès, des récupérations, des abus. Des gens vulnérables se font plumer par des promesses impossibles.
Mais mettre tout dans le même sac ne rend service à personne.
En alimentation, on ne confond pas non plus le vendeur de soda ultratransformé avec le maraîcher qui vend ses légumes. Dire que “tout ce qui se vend au nom de la santé est une arnaque” revient à effacer les nuances, les pratiques honnêtes, l’artisanat, le travail bien fait.
De mon côté, ma ligne est simple :
- Je vends des produits que je fabrique vraiment, à la main, en petite quantité, avec des matières premières qui ont un coût et un temps de travail réel.
- Je vends des ateliers dont le but est que les gens n’aient plus besoin de moi pour refaire chez eux ce qu’on a appris ensemble.
- Je vis de mon travail, mais je ne cherche pas à créer une dépendance à ma personne ou à une technique “magique”.
Oui, je dis que mes bocaux sont bons pour la santé. Comme d’autres disent que leurs légumes, leur pain au levain ou leurs produits non transformés le sont aussi. La frontière avec le charlatanisme, elle n’est pas là : elle se situe dans le degré de promesse, dans l’honnêteté du discours, dans l’ouverture ou non au débat et à la contradiction.
Le vivant (les microbes, les fermentations, les légumes) est déjà assez fascinant. Pas besoin de le recouvrir d’un vernis mystique pour lui trouver un sens.
6. Pourquoi je prends la peine d’écrire tout ça
Je n’écris pas ce texte pour réclamer un statut particulier, ni pour faire oublier les dérives d’un milieu que je connais bien. J’écris parce que :
- Je refuse d’être assimilé, sans nuance, à des pratiques que je combats clairement dans ma manière de travailler.
- Je pense qu’on a besoin d’artisans, de pédagogues et de vulgarisateurs qui prennent les critiques au sérieux sans se victimiser, et qui acceptent de dire “ça, on sait ; ça, on ne sait pas ; ça, on arrête de le raconter”.
- Je crois qu’on peut articuler écologie, soin du vivant, autonomie alimentaire et exigence intellectuelle, sans basculer dans le cynisme ni dans la croyance aveugle.
Si ce texte peut servir de base à une discussion plus honnête avec des sceptiques, des militants, des médecins, des artisans, des curieux, alors il aura fait son travail. Le reste se jouera, comme toujours, là où les choses fermentent vraiment : dans les bocaux, les cuisines, les conversations, les choix de chacun.
Signé :
Sahayim
Artisan fermenteur, vulgarisateur du microbiote & fondateur de La Vie dans un Bocal
